Immobilier

Comment fonctionne l’achat en indivision et le prêt immobilier associé

Aurélie Charpentier
Aurélie Charpentier
septembre 3, 2026 7 min
Deux personnes signant document hypothecaire devant agent immobilier

Acheter un bien à plusieurs sans être mariés ni pacsés, c’est possible grâce à l’indivision. Mais dès qu’un crédit entre en jeu, les choses se compliquent un peu : la banque va regarder de près comment se répartissent les quotes-parts et comment fonctionne la solidarité entre co-emprunteurs. Voici comment se structure ce type d’acquisition et ce qu’il faut vérifier avant de signer.

Qu’est-ce que l’achat en indivision ?

Définition et fonctionnement de l’indivision

L’indivision désigne une situation de propriété partagée dans laquelle plusieurs personnes, les indivisaires, détiennent ensemble un même bien immobilier sans qu’il soit divisé matériellement. Chacun possède une quote-part, généralement proportionnelle à sa contribution financière, mais aucun ne détient une partie physique précise du logement. Concrètement, deux personnes achetant un appartement à 60/40 % deviennent copropriétaires indivis, chacune ayant des droits sur l’ensemble du bien à hauteur de sa part.

Ce régime s’applique par défaut lorsque plusieurs personnes acquièrent ensemble un bien sans créer de société ni relever d’un régime matrimonial de communauté. Il concerne autant les concubins que des amis, des frères et sœurs, ou des associés professionnels.

Qui peut acheter en indivision ?

N’importe qui peut se lancer dans une acquisition en indivision : couples non mariés, membres d’une même famille, amis souhaitant investir ensemble, ou même héritiers recevant un bien en succession. Il n’existe aucune limite au nombre d’indivisaires, même si la gestion devient logiquement plus complexe au-delà de deux ou trois personnes.

Obtenir un prêt immobilier pour un achat en indivision

Indivision immobilière en 3 étapes
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Financer une acquisition en indivision passe le plus souvent par un prêt en indivision souscrit conjointement par tous les acquéreurs. La banque examine la solvabilité de chaque emprunteur mais accorde généralement un seul crédit immobilier, avec une seule mensualité, répartie ensuite selon les quotités définies dans l’acte notarié.

Calcul des quotités et répartition du crédit

Les quotités correspondent à la part de propriété que chaque indivisaire détient sur le bien. Elles se calculent généralement en fonction de l’apport personnel et de la capacité de remboursement de chacun. Prenons un exemple concret : deux acheteurs financent un bien de 300 000 euros. Le premier apporte 20 000 euros et rembourse 60 % des mensualités, le second apporte 10 000 euros et rembourse 40 %. Leurs quotes-parts seront alors fixées à 60 % et 40 %, et devront impérativement figurer dans l’acte d’achat chez le notaire, sous peine de créer un déséquilibre fiscal ou successoral en cas de séparation ou de décès.

Il est possible de faire coïncider les quotités avec la répartition réelle des remboursements, mais rien n’oblige les banques à calquer exactement le crédit sur ces pourcentages. Certains établissements proposent d’ailleurs des prêts distincts pour chaque indivisaire, avec des montants et des durées différentes, ce qui permet de mieux ajuster le financement à la situation de chacun.

Obligations des co-emprunteurs indivisaires

La plupart des prêts en indivision reposent sur le principe de la solidarité des emprunteurs. Cela signifie que la banque peut réclamer l’intégralité des mensualités impayées à n’importe quel co-emprunteur, indépendamment de sa quote-part. Si l’un des indivisaires perd son emploi ou cesse de payer, les autres doivent continuer à assumer le remboursement, sous peine de voir le bien saisi.

Ce mécanisme protège la banque mais expose les co-emprunteurs à un risque financier réel. Avant de signer, mieux vaut donc évaluer la solidité financière de chaque partie et anticiper les scénarios de défaillance, notamment via une assurance emprunteur adaptée à chaque profil.

L’erreur à éviter avec la solidarité bancaire
Beaucoup pensent que leur responsabilité se limite à leur quote-part. En réalité, la banque peut exiger le remboursement total auprès d’un seul indivisaire si les autres ne paient plus, quel que soit le pourcentage détenu.

Convention d’indivision : utilité et contenu

Documents contractuels et stylo sur bureau professionnel

La convention d’indivision est un document juridique, distinct de l’acte notarié, qui organise les règles de fonctionnement entre les indivisaires. Elle peut fixer la durée de l’indivision (jusqu’à cinq ans renouvelables, ou à durée indéterminée), désigner un gérant chargé d’administrer le bien, prévoir les modalités de prise de décision, ou encore anticiper les conditions de sortie d’un indivisaire.

Sans convention, c’est la règle de l’unanimité qui s’applique pour tout acte important : vente, travaux lourds, mise en location. Cette exigence peut rapidement bloquer une situation si un indivisaire refuse ou devient injoignable. Rédiger une convention chez le notaire, dès l’achat, permet d’éviter bien des blocages ultérieurs, notamment en cas de mésentente ou de succession.

Avantages et inconvénients de l’indivision

L’indivision présente l’avantage d’être simple à mettre en place : aucune structure juridique à créer, un acte notarié suffit pour formaliser l’acquisition. Elle convient bien à un projet ponctuel, comme l’achat d’une résidence secondaire entre amis ou une acquisition en attendant une donation-partage. Fiscalement, chaque indivisaire déclare sa quote-part de revenus fonciers ou de plus-value, ce qui peut s’avérer plus lisible qu’une société.

En contrepartie, la règle de l’unanimité complique la gestion quotidienne, et la solidarité des emprunteurs fait peser un risque financier partagé. En cas de succession, l’indivision entre héritiers peut également durer des années si aucun accord n’est trouvé sur le partage ou la vente, générant parfois des tensions familiales importantes.

Vendre ou racheter des parts d’un bien en indivision

La vente en indivision d’un bien nécessite en principe l’accord de tous les indivisaires, sauf lorsque la convention prévoit une majorité qualifiée. Si un accord est trouvé, la vente se déroule comme pour toute transaction classique, avec répartition du prix selon les quotes-parts, sous contrôle du notaire.

Lorsqu’un indivisaire souhaite sortir seul, il peut proposer un rachat de parts aux autres co-indivisaires. Cette opération, elle aussi formalisée par acte notarié, implique une évaluation de la valeur du bien et le remboursement, le cas échéant, du solde de crédit encore dû. Si aucun accord amiable n’aboutit, tout indivisaire peut demander le partage judiciaire du bien devant le tribunal, une procédure plus longue et plus coûteuse qui aboutit souvent à une vente forcée.

Alternatives à l’indivision : la SCI

Documents immobiliers et signatures montrant transmission patrimoniale familiale

Pour ceux qui recherchent davantage de souplesse dans la gestion à long terme, la SCI (société civile immobilière) constitue une alternative fréquente. Contrairement à l’indivision, la SCI permet de fixer des règles de décision par les statuts, sans dépendre systématiquement de la règle de l’unanimité, et facilite la transmission progressive des parts, notamment dans un cadre familial ou successoral.

La SCI implique toutefois des formalités de création plus lourdes, une comptabilité à tenir et des frais de gestion récurrents. Elle reste souvent privilégiée pour des projets patrimoniaux de long terme, tandis que l’indivision convient mieux à une acquisition simple, réalisée sans anticipation particulière du régime matrimonial ou de la succession.

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