Immobilier

Peut-on donner sa part de maison à son conjoint et comment procéder ?

Aurélie Charpentier
Aurélie Charpentier
août 18, 2026 6 min
Deux personnes signant documents immobiliers assis face à face

Vous souhaitez transmettre votre part de la maison familiale à votre époux ou épouse, dans le cadre d’un divorce, d’une séparation ou simplement pour le protéger à long terme. La réponse est oui, mais tout dépend de votre situation matrimoniale, du type d’opération choisi et de la fiscalité qui s’applique. Voici comment fonctionne réellement une donation immobilière entre conjoints.

Peut-on donner sa part de maison à son conjoint ? La réponse selon votre situation

Un propriétaire peut donner sa part d’un bien immobilier à son conjoint, sous réserve de passer par un acte notarié. C’est une opération courante, notamment lors d’une séparation où l’un des époux souhaite quitter l’indivision, ou dans une logique de protection du conjoint survivant en cas de décès.

Le mécanisme diffère selon le régime matrimonial. En communauté réduite aux acquêts, la maison achetée pendant le mariage est un bien commun : il n’existe pas de « part » à donner au sens strict, sauf si le bien a été acquis avant le mariage ou reçu par donation ou succession, ce qui en fait un bien propre. En séparation de biens, chaque époux détient une quote-part personnelle du logement, et c’est cette quote-part qui peut faire l’objet d’une donation immobilière classique.

Dans les deux cas, l’opération passe obligatoirement devant un notaire, qui rédige un acte authentique, vérifie l’origine de propriété et calcule les droits dus. Sans ce passage, la donation n’a aucune valeur juridique.

Les différents types de donations immobilières au conjoint

Donner sa part de maison au conjoint
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Plusieurs formes de donation entre époux existent, chacune répondant à un objectif différent : transmettre de son vivant, protéger en cas de décès, ou anticiper une succession avec plusieurs héritiers.

Donation simple entre époux

La donation simple porte sur un bien précis, ici la part de maison. Elle est immédiate et irrévocable, sauf exceptions prévues par la loi. Elle convient bien lorsqu’un couple souhaite réorganiser la propriété du logement de son vivant, par exemple après une séparation de biens ou pour simplifier une future succession.

Donation au dernier vivant

La donation au dernier vivant, aussi appelée donation entre époux, ne prend effet qu’au décès du donateur. Elle permet d’augmenter la part successorale du conjoint survivant au-delà de ce que prévoit la loi, notamment en présence d’enfants. Elle peut porter sur la pleine propriété, l’usufruit, ou une combinaison des deux via un démembrement de propriété.

Le démembrement de propriété consiste justement à séparer l’usufruit (le droit d’habiter ou de percevoir des revenus du bien) de la nue-propriété (le droit de disposer du bien à terme). Donner l’usufruit tout en gardant la nue-propriété, ou l’inverse, permet d’ajuster la protection du conjoint sans transmettre l’intégralité des droits.

Enfin, une donation-partage peut être envisagée lorsque plusieurs biens ou plusieurs bénéficiaires sont concernés, notamment pour anticiper une succession avec les enfants du couple.

Frais et fiscalité : ce qu’il faut prévoir

Couple consultant documents fiscaux sur table blanche

C’est souvent le point qui rassure le plus les couples mariés : la fiscalité entre époux est particulièrement favorable. Les droits de donation bénéficient d’un abattement fiscal de 80 724 euros entre conjoints, renouvelable tous les quinze ans. Au-delà de ce montant, un barème progressif s’applique, mais dans la majorité des cas de donation d’une simple part de résidence principale, cet abattement suffit à effacer tout impôt.

Il faut cependant compter les frais de notaire, incontournables puisque l’acte doit être authentique. Ils comprennent les émoluments du notaire, la contribution de sécurité immobilière et divers débours. Pour une donation de part de maison, ces frais représentent généralement entre 1 % et 3 % de la valeur de la part transmise, en fonction du montant et de la complexité du dossier.

Type d’opérationFiscalitéPassage notaire
Donation simple entre épouxAbattement 80 724 €, puis barème progressifObligatoire
Donation au dernier vivantExonération totale au décès pour le conjointObligatoire
Rachat de partDroits de partage ou frais liés au prêtObligatoire si crédit en cours

Rappel utile : au décès, le conjoint survivant est totalement exonéré de droits de succession sur la part qu’il reçoit, contrairement aux enfants qui restent soumis à un abattement plafonné à 100 000 euros chacun.

Donation ou rachat de part : quelle différence et que choisir ?

Beaucoup de couples confondent donation et rachat de part, alors que les logiques sont opposées. La donation est un transfert gratuit : celui qui reçoit la part ne paie rien au donateur, seulement des droits fiscaux éventuels. Le rachat de part, lui, suppose un paiement : l’époux qui conserve la maison verse une somme correspondant à la valeur de la quote-part de l’autre, souvent dans le cadre d’un divorce ou d’une fin d’indivision.

Le choix dépend de la situation financière et de l’intention des deux parties. Si le conjoint qui quitte le bien souhaite récupérer une somme d’argent, par exemple pour financer un nouveau logement après une séparation ou un divorce, le rachat de part est la solution logique. Si l’objectif est de renforcer la protection du conjoint restant, sans contrepartie financière, la donation immobilière est plus adaptée.

Il existe aussi une troisième voie, plus rare, qui consiste à loger le bien commun dans une société civile immobilière. La SCI permet de détenir la maison via des parts sociales, plus faciles à transmettre progressivement que la pleine propriété d’un bien immobilier. Cette solution reste néanmoins plus complexe à mettre en place et se justifie surtout pour des patrimoines conséquents ou des projets de transmission échelonnée dans le temps.

Les démarches pour donner sa part de maison à son conjoint

Notaire examinant documents immobiliers avec couple assis

La procédure commence toujours par un rendez-vous chez le notaire, qui va évaluer la valeur du bien, vérifier s’il s’agit d’un bien propre ou d’un bien commun, et déterminer les droits applicables. Si un crédit immobilier est encore en cours, la banque doit être informée, car elle peut exiger un accord préalable ou une nouvelle répartition de la garantie.

Le notaire rédige ensuite l’acte notarié de donation, qui précise la nature du bien, la quote-part transmise, la forme choisie (donation simple ou au dernier vivant) et les conditions éventuelles, comme une réserve d’usufruit. Une fois signé, l’acte est publié au service de publicité foncière, ce qui rend la donation opposable aux tiers.

Cette formalité prend généralement plusieurs semaines, le temps de réunir les pièces d’origine de propriété, de calculer précisément les droits dus et, le cas échéant, de coordonner l’opération avec un éventuel remboursement de prêt. Anticiper la demande, plutôt que d’attendre l’urgence d’une séparation, permet souvent d’éviter des frais supplémentaires et des délais serrés.

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